Des primates à l'Homme, le stress: portrait d'un tueur

Qu’est-ce que le stress ? Comment fonctionne-t-il ? Quel est son impact sur la santé physique ? La position sociale - le niveau hiérarchique - conditionne-t-il le taux d’hormones liè au stress ? Oui, les plus haut placés stressent moins que les subordonnés, et sont moins sujets à des maladies, comme du type cardiaque. Indispensable à la survie, à doses chroniques le stress cause des effets dévastateurs sur nos organismes. A découvrir, le documentaire: "Le stress: portrait d'un tueur."

If a rat is a good model for your emotional life, you're in big trouble, Robert Sapolsky

Les atouts et les fléaux du stress. Depuis les années 70, Robert Sapolsky, neuroscientifique, professeur à l’université de Stanford,"étudie les conséquences du stress sur les primates dans une colonie de babouins du Masaï-Mara, au Kenya. Les babouins, peu menacés par les prédateurs et qui ont facilement accès à la nourriture, ont beaucoup de temps libre pour se harceler les uns les autres. Les subalternes, soumis à un stress permanent, souffrent d'une tension artérielle et d'un rythme cardiaque élevés."

 

"Ironiquement, les sociétés de babouins se comportent comme celles des hommes occidentaux," explique Robert avant de rajouter:"Nous sommes suffisamment privilégiés pour inventer du stress social et psychologique. Les babouins du Serengeti, qui ne travaillent que trois à quatre heures par jour pour se nourrir, sont également privilégiés. Cela leur laisse beaucoup de temps pour la compétition sociale, les coalitions, les bagarres, etc. Ils leur restent 9 heures pour rendre la vie de leur voisin infernale."Les babouins sont "stressés les uns par les autres, par des tensions socio-psychologiques qu’ils ont eux-mêmes inventés.

Et de rajouter: "Ce qui m’intéresse avant tout, c’est la relation entre leur comportement social et leur place dans la hiérarchie de pouvoir, ainsi que le degré de stress social qu’ils ressentent, et la façon dont leurs corps y réagissent. Pour étudier les questions qui m’intéressent, je dois combiner des travaux d’observation comportementale extensive avec des recherches basiques en laboratoire : prélever le sang des animaux, mesurer leurs taux d’hormones, surveiller leur tension, et mener à bien d’autres examens cliniques afin de comprendre comment leurs corps se portent."

 

Un élément majeur du stress, c’est le manque de contrôle et de prévisibilité. D’un point de vue biologique, deux hormones sont déterminantes dans la réponse au stress: l'adrénaline, et les glucocorticoïdes. "La réponse au stress est déclenché pour nous préparer à un défi. C’est soit: vous mangez, soit: vous êtes mangé. C’est une question de survie." Et lorsque cette situation de crise se termine dans le régne animal, la réponse au stress s'arrête.

Essentially, we humans live well enough and long enough, and are smart enough, to generate all sorts of stressful events purely in our heads, Robert Sapolsky

Nous, les êtres humains, déclenchons ce stress pour des raisons purement psychologiques. Quotidiennement, nous baignons dans un bain d’hormones corrosif que nous n'arrivons pas à vider. Et sans trouver le bouton off, le facteur déclencheur au stress devient ainsi moins dommageable que la réponse au stress. Comment le stress se manifeste-t-il ? Est-on tous, et de la même manière, sujet au stress ?

Stress et hiérarchie, du côté des primates. En 1987, Robert Sapolsky fait une découverte, qui lui vaudra une distinction - le prestigieux MacArthur Fellowship - la position sociale d’un babouin détermine son taux d’hormone du stress. Plus précisément, le taux d’hormone liè au stress est beaucoup moins important chez le mâle dominant que chez le mâle dominé. Plus encore, les "subalternes ont une tension artérielle et un rythme cardiaque plus élevés (...) Si vous êtes un babouin stressé et en mauvaise santé, la chimie de votre cerveau ressemble à celle d'un homme dépressif."

 

Stress et hiérarchie, du côté des êtres humains. Sur une période de 40 années, Michael Marmot - professeur d'épidémiologie à l'UCL à Londres -  a mené une vaste étude - connue sous le nom Whitehall I, II - auprès de 18 000 fonctionnaires britanniques (dont les bureaux étaient concentrés sur la rue Whitehall, dans le centre de Londres, d'où le nom de l'étude). Toutes ces personnes avaient un métier stable, un labeur qui ne les exposait pas à des matières dangereuses. Toutes avaient accès à des soins médicaux, toutes avaient la même couverture maladie. Et à la question: Y-a-t-il un lien entre le statut social et le stress ? La réponse est oui. Et plus précisément: "Plus vous êtes bas dans la hiérarchie, plus le risque de maladie, surtout cardiaque, est grande," dispose le Pr Michael Marmot.

It’s not just what you have that is important. It’s what you do with what you have, Michael Marmot

Que se passe-t-il dans notre organisme en cas de stress ? En situation de stress, le corps désactive toutes les fonctions essentielles, y compris le système immunitaire. Le stress rend idiot. Le stress chronique s'attaque à nos neurones: l’hippocampe, qui est le centre de l’apprentissage et de la mémoire, est ainsi atrophiée. Le stress nous rend triste, et malheureux. Dans le cerveau des primates non stressés, les dominants, a été découvert une importante quantité de dopamine - l'hormone du plaisir. Dopamine qui est, au contraire, peu présente dans le cerveau des primates subalternes. Pour ces derniers, tout ce qui peut procurer du plaisir, comme le soleil, la nourriture, est moindre, est fade. Ils se sentent socialement inférieur. Autre découverte, le stress change la manière dont nous grossissons. Il modifie la répartition, la distribution des graisses dans notre corps. Celle-ci s'accumulant dans des zones à risque.

Sans hiérarchie, sans mâle alpha, pas de stress ? Il y a 20 ans, quelque chose d’horrible, et de scientifiquement intéressant est survenue. Les babouins de la tribu de Keekorok, que Robert Sapolsky suivaient, ont "pioché de la nourriture dans les poubelles d’un campement pour touristes, et dedans se trouvaient des morceaux de viandes infectées par le bacille de la tuberculose." Plus de la moitié des mâles de la tribus étaient morts. Rapidement, Robert remarqua que ceux qui étaient morts étaient les dominants. Tous les mâles alpha avaient disparus, et la tribu a été, d'un point de vue social, transformée. Un niveau d’agressivité bas, et un niveau de sociabilité élevé: les mâles n’étaient plus agressifs les uns envers les autres, ils étaient doux avec les femelles. Robert a donc pu visualiser l’impact de l’absence de stress sur cette société: les babouins avaient-ils encore des problèmes d’anxiété, d’hypertension et des taux élevés d’hormones liè au stress ? Non. "L’important n’est pas votre rang, mais ce qu’il signifie au sein de la société."

“Do we have the knowledge? Yes” “ Do we have the means? Yes” “Do we have the will?…”, Michael Marmot

Quid des Hommes ? "Les conditions de vie et de travail sont primordiales pour notre santé," explique le Professeur Michael Marmot, avant de rajouter: "Quand les gens ont plus de contrôle sur ce qu’ils font, qu’ils sont traités de manières plus justes et plus équitables, le taux de stress diminue, et la maladie baisse. Faites davantage participer les gens, donnez leur un plus grand pouvoir de décision, récompensez les plus pour leurs efforts, et vous obtiendrez un lieu de travail plus sain et plus productif." Et de renchérir en expliquant que, tant bien que mal: "Nous essayons de créer une société où chacun peut s’épanouir. C’est vers cela que l’on tend: la création d’une société meilleure qui favorise l’épanouissement de l’Homme."

We live well enough to have the luxury to get ourselves sick with purely social, psychological stress, Robert Sapolsky

"Ce que nous apprennent les babouins," explique Robert Sapolky, "c’est ne mordez pas les autres car vous avez passé une mauvaise journée, ne vous vengez pas sur eux, les relations sociales ont beaucoup d’importance. Et une des plus grandes formes de sociabilité est de donner plutôt que recevoir. Tout cela rend le monde meilleur. Et si les babouins en l’espace d'une génération ont été capables de transformer un système social qui paraissait immuable, nous ne pouvons pas rester les bras croisés en disant que les relations humaines ne peuvent pas changer." 

Et à la voix off du documentaire de conclure:"La troupe de babouins de Keekorok n’a pas simplement survécue sans stress, elle a prospéré."

Pour aller plus loin:

Article rédigé par McGulfin / Fabien Salliou

Jeudi 14 juillet 2016
Catégorie: Articles

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