La déferlante chamanique, par le docteur Jacques Mabit

En ces temps où chamanisme, néo-chamanisme et ayahuasca sont des sujets de plus en plus abordés, le docteur Jacques Mabit, formé à la médecine occidentale et aussi initié à la médecine traditionnelle amazonienne (et qui a été confronté à de multiples chamanes depuis 1992), nous livre un texte saississant : "La déferlante chamanique". Et dans lequel il débute par ces mots: "Dans le petit havre de Haute-Amazonie où je réside depuis presque vingt ans, je vois déferler une vague croissante d’Occidentaux avides d’aborder les pratiques des médecines traditionnelles amazoniennes. Ayant moi-même été un des initiateurs de ce mouvement, je ne peux m’empêcher d’hésiter entre la satisfaction et l’épouvante face à cet engouement pour ce qu’il est convenu de placer maintenant sous le vocable de « chamanisme », inadéquat sur le plan anthropologique (…)"

Son témoignage à le poids de la réflexion et de la pratique - ancrée dans le réel et non dans une dérive "New Age", ou tout et son contraire se dit et s’expérimente - et non de la théorie.

En résumé, un texte remarquable qui mérite d’être lu, et relu.


 

La déferlante chamanique. "On assiste actuellement à un débarquement massif de citoyens des pays du Nord dans les recoins les plus isolés des forêts, des montagnes et des déserts du Pérou, et d’ailleurs, pour y dénicher le « chaman » encore « vierge » qui les réconciliera avec eux-mêmes (les choses se compliquent depuis que le mouvement inverse s’est amorcé, avec déplacement de « chamans » vers l’Europe, sans parler des blancs se présentant comme initiés, capables de se substituer aux maîtres indigènes)," explique le Docteur Jacques Mabit, avant de renchérir: "[Or], l’univers symbolique de référence des uns et des autres est totalement distinct, et c’est précisément cette grille de lecture des vécus intérieurs qui sera mise en jeu lors des expériences chamaniques comme par exemple avec la prise d’ayahuasca. On risque donc fort, si notre voyageur occidental n’est pas un tant soit peu formé à la symbolique de sa propre culture (ce qui est devenu la règle), de le voir prendre des vessies pour des lanternes, des charlatans pour des grands maîtres et des visions personnelles pour des révélations universelles. Et la capacité d’auto-illusion est telle que face à l’attente mise en jeu et aux investissements engagés sur une telle démarche, l’impétrant n’a cure qu’on le mette en garde sur son ingénuité quand il croit entendre de son « maître » qu’il fait partie désormais des « initiés. La question se pose donc : un Occidental peut-il aborder l’expérience chamanique, de manière à en tirer un réel bénéfice et à ne pas contribuer à la dégradation accélérée de ces pratiques dans les sociétés traditionnelles ?" Pour lire la suite, veuillez cliquer ici !

Pour aller plus loin, le centre Takiwasi - Centre de Réhabilitation de Toxicomanes et de Recherche Sur Les Médecines Traditionnelles -  fondé par Jacques Mabit, sa mission:

L’ayahuasca utilisé pour lutter contre les addictions à la cocaïne, l’alcool ou d'autres opiacés. Fondé par le médecin Jacques Mabit en 1992, le centre Takiwasi - en Haute-Amazonie, près de Tarapoto, au Pérou - adapte un rituel millénaire de guérison, en mélangeant psychologie occidentale et connaissances chamaniques. Exigeant et éprouvant, le traitement avec l’ayahuasca associée à d’autres plantes dure neuf mois, et donne des résultats.


 

"Takiwasi ou "La Maison qui chante" en langue quechua, est une association à buts non lucratifs, consacrée à la recherche fondamentale et appliquée sur les médecines traditionnelles et leur mise en pratique dans le traitement des toxicomanies et dans la mise en place de mécanismes de prévention de l’abus de drogues. D’une façon plus générale, Takiwasi étudie, dans le domaine de la santé en général, l’articulation possible des médecines traditionnelles avec les connaissances scientifiques modernes. Ce projet est le résultat d’un travail de recherche participatif en anthropologie médicale commencé en 1986 en Amazonie péruvienne (département de San Martín) dans une région qui fut la première zone mondiale de production de feuilles de coca et de consommation de pâte-base de cocaïne." Pour en savoir plus, cliquez ici !

Mercredi 19 juillet 2017
Catégorie: Articles

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