Le burn-out, pathologie du stress, pathologie de civilisation

En acceptant la limite, En connaissant la limite, Vous transcendez la limite, Vous êtes sans limite, Swami Pragnanpad

Toujours s’adapter sans jamais pleinement se réaliser. Etre multitâche, être continuellement joignable, être constamment connecté, et faire et faire et faire, toujours plus de choses, toujours plus vite - et souvent sans savoir pourquoi. Résultat: des travailleurs usés, du stress, de l’anxiété, un sentiment d’incompétence. C’est le burnout, l’épuisement professionnel, ou l'effondrement professionnel. Comment le burn-out, ce processus, et non pas cet état, s'opère-t-il ? Qu’est-ce qui le caractérise ? D’où vient-il ? Qui est-il ? Comment s’en prémunir ? De quoi le burn-out est-il le symptôme ? Selon Pascal Chabot, "le burn-out dépasse le cadre de la pathologie de l’individu, il est pathologie de relation : relation de l’individu à la société (...) l’épuisement professionnel n’interroge pas seulement l’homme ou la société, mais leurs rapports, c’est une « pathologie de civilisation »." Donc, le burn-out, une pathologie du stress et de civilisation.

 

"Aujourd’hui, le burn-out est en train de devenir une véritable épidémie dans de nombreux pays du globe. Nous ne sommes pas en cause, c’est le monde et la nature du travail qui ont fondamentalement changé. L’univers professionnel - que ce soit l’entreprise, l’hôpital, l’école ou les services publics - est devenu froid, hostile et exigeant, sur le plan tant économique que psychologique. Les individus sont émotionnellement, physiquement et spirituellement épuisés," expliquent Christina Maslach et Michael P. Leiter dans leur livre "Burn-out: Le syndrome d'épuisement professionnel", avant de rajouter: "Les exigences quotidiennes liées au travail, à la famille, et à tout le reste ont fini par éroder leur énergie et leur enthousiasme. La joie de la réussite et la satisfaction d’avoir rempli ses objectifs sont de plus en plus difficiles à atteindre, et le dévouement et l’engagement professionnels sont en train de disparaître. Les gens deviennent cyniques, ils gardent leurs distances, essayant de ne pas trop s’impliquer. Ce phénomène représente un recul majeur dans la dynamique vers une vie professionnelle meilleure."

Ce que ne contredit pas Pascal Chabot, auteur de l’ouvrage "Global Burn-out": "Le déploiement technologique n’est pas un processus spontané. Il est soutenu par une logique économique qui cherche à maximiser tous les rendements. En ces temps de crise, sa violence est grande. La concurrence mondialisée oblige à réduire les coûts, à rogner sur les effectifs. Des méthodes de management hallucinantes sont inventées. Elles assujettissent, contrôlent, pressent, créent des délateurs et cassent des solidarités. L’humain est une ressource: qu’il dégorge, lui aussi, ses meilleures énergies, sa sueur, son temps. Il est, de toute façon, surnuméraire, et donc remplaçable. Ressurgit alors un affect très profond que tous les humanistes ont cherché à bannir, et qu’exploite pourtant le pouvoir de certains: la peur. Il est étrange de voir, de nos jours devant des bâtiments d’acier aux vitres rutilantes ou au milieu des chaînes robotisées, des visages effrayés. Ils sont le symbole d’une régression."

Donc, "qu’est-ce que que burn-out, sinon une conséquence de ces régimes effrénés ? Ses symptômes de fatigue, d’anxiété, de stress ingérable, de dépersonnalisation et de sentiment d’incompétence dressent le portrait de personnes qui ont trop donné, sans recevoir ce dont elles avaient besoin? Elles se sont souvent oubliées, sans toujours avoir le choix de faire autrement (...) Les facteurs sont également divers, même s’ils peuvent être regroupés en plusieurs catégories: l'essoufflement du perfectionnisme, l'épuisement de l’humanisme, la course à la reconnaissance, sans oublier les problèmes spécifiques qui touchent les femmes."

"Dans notre société, l’hyperactivité est survalorisée. Dès lors, les gens ne sont pas évalués sur les bons critères. On leur demande de faire mille choses à la fois, d’aller le plus vite possible, et avec les nouveaux moyens de communication, de toujours répondre dans les cinq minutes. On les surcharge de travail et d’informations -dont la plupart ne les concernent pas - à gérer. Tout en faisant fi de leur désir d’exécuter un travail de qualité," explique, de son côté, la psychologue Catherine Vasey.

Subir son travail, au lieu de s’y épanouir. Ne plus être maître de son temps. Le burn-out est un processus, et non pas un état, et ce sont nos conditions de travail actuelles qui favorisent sa multiplication. Perte de sens de la valeur travail, manque d’autonomie, de responsabilité, de reconnaissance, connexion continue avec notre labeur via les nouvelles technologies. "Des millions d’heures sont volées à la vie des gens", s'exclame ainsi Tristan Harris, ancien philosophe produit chez Google et créateur du label, "Time Well Spent", "pour faire en sorte que les technologies nous redonnent du pouvoir au lieu de nous transformer en zombies boulimiques de notifications et de flux d’infos." En bref, pour bien utiliser votre temps, déconnectez-vous, de temps en temps, supprimez ces notifications, qui vous happent, qui sont une source de distraction, de stress. Redevenez maître de votre temps, imposez votre tempo. 

De l’apparition des concepts de "burn-out" et "d’épuisement professionnel"

Il n’y avait plus assez de musique en moi pour danser la vie, Louis Ferdinand Céline

Pour Pascal Chabot, "le véritable ancêtre de la notion de burn-out est l’acédie médiévale qui faisait perdre aux moines la foi dans le système divin." C’est en 1959 que le terme de "burn-out" apparaît sous la plume de "l’écrivain anglais Graham Greene qui l’utilisa en visitant une léproserie du Congo belge."

 

Mais la popularité du concept  "burn-out professionnel" revient à Herbert Freudenberger, psychanalyste allemand résidant à New-York. En 1971, Herbert introduit ce terme afin de décrire la perte d’enthousiasme de bénévoles qui consacrent leurs temps à venir en aide, à conseiller et à guider des usagers de drogues dures. Comme le remarqua Herbert, ces bénévoles finissaient par se décourager, manifestaient des troubles émotionnels, des crises d'angoisse et des symptômes physiques d’épuisement, comme des vertiges, des endormissements.  A propos du "burn-out syndrom", Herbert écrit: "En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe, leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l'intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte."

En France, c’est en juin 1959, dans un article médical, que le psychiatre français Claude Veil introduit le concept d’épuisement professionnel: "L’état d’épuisement est le fruit de la rencontre d’un individu et d’une situation. L’un et l’autre sont complexes, et l’on doit se garder des simplifications abusives. Ce n’est pas simplement la faute à telle ou telle condition de milieu, pas plus que ce n’est la faute du sujet (...) tout se passe comme à la banque: tant qu’il y a une provision, les chèques sont honorés sans difficulté, quel que soit leur montant. Mais dès qu’on se trouve à découvert, le tirage, si petit soit-il, devient impossible...Cherche-t-il des expédients de trésorerie ? Ce sera le dopage, le café, l’alcool surtout."

Le Burn-out et ses trois dimensions

Dans les années 1980, les docteurs Maslach et Leiter analysent l’épuisement survenant en milieu professionnel et décrivent le burn-out au travers de "l’écartèlement entre ce que les gens sont et ce qu’ils doivent faire. Il représente une érosion des valeurs, de la dignité, de l’esprit et de la volonté – une érosion de l’âme humaine. C’est une souffrance qui se renforce progressivement et continûment, aspirant le sujet dans une spirale descendante dont il est difficile de s’extraire. Qu’arrive-t-il lorsque le burnout vous gagne ? En fait, trois événements surviennent: vous vous sentez chroniquement épuisé; vous devenez cynique et vous détachez de votre travail; et vous vous sentez de plus en plus inefficace dans votre job." La description de Christina Maslach et Michael Leiter tourne, alors, autour de trois dimensions (extrait de l'article de Patrick Légeron - Sciences Humaines):

  • "L’épuisement émotionnel: un état de fatigue physique et psychologique, caractérisé par une absence quasi totale d’énergie émotionnelle qui se répercute sur la vitalité de l’individu. Celui-ci, trop engagé dans des activités professionnelles a épuisé peu à peu son “capital”, énergie. Il se sent littéralement “vidé”, “au bout du rouleau”. Ce manque d’énergie est d’autant plus néfaste que l’individu pense qu’il n’a aucun moyen à sa disposition pour recharger ses batteries."
  • "Un état qualifié de dépersonnalisation, ou plutôt de “déshumanisation” caractérisé par une attitude négative et détachée de la part de l’individu envers les personnes avec lesquelles il interagit dans le contexte professionnel (collègues, clients, usagers, patients, etc.). Il n’éprouve plus aucune empathie envers les autres, traités comme de simples “objets”. Cette “froideur” des relations interpersonnelles prend souvent la forme de cynisme."
  • "Une diminution du sens de l’accomplissement et de la réalisation de soi. L’individu porte un regard particulièrement négatif et dévalorisant sur la plupart de ses réalisations et accomplissements personnels et professionnels. Il est démotivé et son estime de soi s’en ressent. La perte de confiance en soi résultant de ce type d’attitude est associée à un vécu dépressif important et à une incapacité à faire face aux obligations professionnelles."

Burn-out, une pathologie du stress

"Le burn-out est une pathologie du stress et plus exactement de l’hyperstress (trop de stress)," comme l'explique Patrick Légeron pour le magazine Sciences Humaines, avant de rajouter: "Il existe une autre pathologie du stress, celle de l’hypostress (pas assez de stress), caractérisée par l’absence de stimulation, et donc l’ennui, que l’on nomme bore-out. On décrit aussi le brownout, dont l’origine se trouve dans des activités dénuées de sens."

"Contrairement à ce que l’on pense souvent, la première cause d’un burn-out n’est pas psychologique, mais physiologique. Il est dû à un stress important et répété. Le stress est une réaction du corps, qui lui permet de se mettre en alerte le temps d’un danger. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, l’urgence est devenu un mode de vie. Les gens sont sur le qui-vive 24 heures sur 24. Résultat : leur corps est épuisé. Et cette fatigue de fond va avoir un impact sur leur moral, " explique la psychologue Catherine Vasey. Baisse de la confiance en soi, et de l'estime de soi: doutes sur ses compétences, ses qualités, dépréciation de soi-même, irritabilité. Très vite, l’épuisement émotionnel vient s’ajouter à l’épuisement physique.

Les causes professionnelles d’un burn-out tiennent aux facteurs de risques psychosociaux, qui sont regroupés en 6 catégories:

  • Les exigences du travail - quantité, horaires
  • Les exigences émotionnelles - le fait d’être confronté à des situations émotionnellement éprouvantes.
  • Le manque d’autonomie et de marges de manoeuvre pour réaliser son travail
  • Le manque de soutien social et de reconnaissance au travail
  • Les conflits éthiques et de valeurs
  • Les changements et l’insécurité de l’emploi et du travail

Le burn-out résulte souvent à l’exposition à plusieurs de ces facteurs.

Burn-out, une pathologie de civilisation

La soif de la reconnaissance paraît la plus partagée des passions contemporaines ; lorsque cette soif n’est pas étanchée, elle provoque des ressentiments viscéraux ; elle est constitutive de l’épuisement professionnel, Pascal Chabot.

Pour Pascal Chabot, auteur du livre "Global burn-out", le burn-out est une pathologie de civilisation. "Il n'est pas seulement un trouble individuel qui affecte certaines personnes mal adaptées au système, ou trop dévouées, ou ne sachant pas (ou ne pouvant pas) mettre des limites à leur investissement professionnel. Il est aussi un trouble miroir où se reflètent certaines valeurs excessives de notre société : son culte du plus, du trop, de la performance."

 

 

Comme Pascal Chabot l’explique au magazine les Inrockuptibles: "Parce que la recherche de la productivité est le moteur principal de l'économie et parce que le rapport au temps a profondément changé. Jusqu'en 1930, l'humanité a toujours vécu en se laissant dicter son temps par son action. Quand on labourait un champ, cela prenait le temps que cela devait prendre. Depuis, le "fordisme" a renversé les choses. A chaque action, correspond un temps, une semaine ou... quelques minutes pour du travail à la chaîne. L'individu est de moins en moins maître de ce temps. On ne s'est pas assez rendu compte que la grande révolution est celle des années 1960 -1970 avec la création des horloges internes dans les machines qui en viennent à séquencer leurs tâches. Ces machines, créées individuellement pour nous faire gagner du temps, donnent l'impression, une fois mises en système, qu'elles nous forcent à courir après le temps.

Le burn-out est un appel à changer la manière de penser le travail et d'envisager la centralité du travail dans une vie. L'idée de Global burn-out est de démontrer qu'à chaque époque, on peut identifier une pathologie exprimant un désaccord avec les courants dominants qui dictent une vie possible aux humains : la guerre, la mélancolie, la neurasthénie au début du XIXe siècle, le spleen baudelairien face à la première modernité, la paranoïa entre les deux guerres... Aujourd'hui, la façon dont des personnes, qui donnent tout, sont parfois détruites par le système pose la question de son sens. Les victimes de burn-out posent les bonnes questions."

En résumé, "le burn-out dépasse le cadre de la pathologie de l’individu, il est pathologie de relation : relation de l’individu à la société. En d’autres termes, l’épuisement professionnel n’interroge pas seulement l’homme ou la société, mais leurs rapports, c’est une « pathologie de civilisation ». Qu’est-ce qui caractérise le burn-out ? Quels sont les mécanismes conduisant à l’augmentation de sa fréquence d’apparition ? Pourquoi est-ce une pathologie de civilisation ? Et comment prévenir et lutter contre ce mal ? Autant de questions que l’auteur aborde afin d’établir de quoi le burn-out est-il le nom."

Burn-out, une opportunité ?

"Il faut insister sur un trait du burn-out qui est son potentiel de métamorphose," clame Pascal Chabot: "Les corps sont intelligents. Ils en savent parfois davantage sur nos besoins que nos psychismes bridés. S’ils demandent grâce, il faut les écouter, et chercher à apprendre d’eux ce que seraient des voies plus praticables et épanouissantes. La question du sens refait alors surface avec toute la vigueur d’une requête insistante qu’on a pu étouffer. Qu’est-ce qui importe vraiment ? Où est le centre ? Quelle est la valeur de cette vie ? L’oeuvre au noir du burn-out est souvent douloureuse à traverser. Mais si elle a pu engendrer ces questions, et donner le courage de les considérer sans concession, elle n’aura pas été vaine. Face à cette pathologie de la civilisation postmoderne, la prise en compte des limites de l’humain est urgente. Aucun système n’est tolérable, s’il les bafoue ou ruse avec elles pour mieux exploiter. A chaque époque, l’humanisme doit modifier ses combats. Il semble qu’aujourd’hui une tâche claire lui soit assignée: remettre les logiques économiques et techniques à leur place secondaire, afin qu’elles continuent à servir des finalités plus intéressantes, plus métaphysiques et plus tendres."

 

Rendre le travail digne d’être vécu. Et comme le souligne le psychologue Yves Clot: "Primo Levi, dans ce maître livre qu’est La Clef à molette, soumet une hypothèse au lecteur : on peut définir la liberté de bien des façons « mais peut-être que le genre de liberté le plus accessible, le plus goûté subjectivement et le plus utile à l’homme, coïncide avec le fait d’être compétent dans son propre travail, et donc avec le fait de l’exécuter avec plaisir ». Il fait dire à son personnage : « Je crois vraiment que pour vivre heureux il faut forcément avoir quelque chose à faire, mais pas quelque chose de trop facile, ou bien quelque chose à désirer, mais pas un désir en l’air, quelque chose qu’un type ait l’espoir d’y arriver ». Quelque chose qui rende le travail digne d’être vécu, quelque chose qui, dans le réel, mérite qu’on se donne la peine de vivre."

Et concrètement,

Pour la psychologue Catherine Vasey: "le principe de base, c’est de ne pas focaliser sur ce qui est stressant, usant, mais sur la façon dont on peut prendre soin de soi. » Se ressourcer… au travail, voilà l’objectif. Qu’est-ce qui fait sens dans mon travail ? Qu’est-ce qui me motive, m’apporte de la satisfaction ?... Autant de questions à se poser pour tenter de trouver un juste équilibre entre des tâches « ressourçantes » et d’autres, plus « usantes ». Sans oublier les pauses, à s’accorder tout au long de la journée. « Même de toutes petites, pour relâcher les tensions. Il suffit de bouger un peu en s’étirant, en montant les escaliers, ou en faisant une petite promenade… » Car rester statique, surtout derrière un ordinateur ne fait qu’accumuler les tensions. L’objectif final de toutes ces petites attentions envers soi-même ? « Ne plus terminer une journée de travail en étant complètement épuisé, au point de ne plus pouvoir s’investir dans sa vie privée. Il n’est pas juste de sacrifier toute son énergie au travail."

Burn-out, un témoignage

Burn-out, un documentaire

 

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Sources:

Mardi 13 mars 2018
Catégorie: Articles

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