L'intelligence: être connecté au monde

Comment définir l’intelligence? Quelles sont les différentes formes que l'intelligence peut revêtir?

Voilà un sujet au cœur des préoccupations des entreprises, des parents, de notre développement personnel et professionnel. C’est également un sujet très controversé, en particulier quand l’intelligence est définie et mesurée de manière restrictive (quotient intellectuel), ou quand le recrutement est basé en grande partie sur une batterie de tests.

Comment définir l’intelligence?[1]

Le terme intelligence est dérivé du latin intellegere signifiant comprendre, et dont le préfixe inter (entre), et le radical legere (« choisir, cueillir ») ou ligare (« lier ») suggèrent essentiellement l'aptitude à lier des éléments entre eux.
 Il y a beaucoup de façons de définir l’intelligence, selon les époques et les visions du monde. Je retiendrai sa conception la plus large possible et la plus en ligne avec le thème de l’adaptation:

« L'intelligence est la capacité d'un individu à découvrir, créer ou résoudre des problèmes afin d'acquérir les connaissances nécessaires pour s'adapter à son environnement et atteindre ses objectifs. »

Cette définition suppose que:

  • l'intelligence est contextuelle car dépendante de la combinaison {individu, environnement, objectif} ;
  • il n'existe pas de méthode absolue pour la mesurer car elle répond à l’objectif spécifique d’un individu vis-à-vis d'une situation qui l'est tout autant. Il existe en revanche des tests qui, en se limitant à des contextes restreints, donnent des indications (l'intelligence sociale est mesurée par le quotient d'intelligence sociale, tests psychométriques pour la logique abstraite, ...).

Les différentes formes que peut revêtir l’intelligence?[2]

Dans « les formes de l'intelligence » (1983 traduction française 1997), Howard Gardner, professeur de psychologie cognitive à Harvard, a émis l'hypothèse selon laquelle plusieurs types d'intelligence coexistaient chez chaque être humain. En étudiant des individus souffrant de troubles cérébraux, il distingue sept types d'intelligence. Il y ajoute ensuite un huitième, l'intelligence « naturaliste », et en envisage un neuvième, la « spirituelle »:

  1. L'intelligence logico-mathématique, qui détermine la vitesse à laquelle on peut résoudre un problème numérique ou logique. Surexploitée par les mathématiciens, joueurs d'échecs, informaticiens...
  2. L'intelligence linguistique (ou verbale), fréquente chez les politiciens, écrivains, poètes grâce à laquelle on peut construire des phrases, avoir le sens de la rime, convaincre et persuader les autres...
  3. L'intelligence intrapersonnelle, qui désigne la capacité qu'on a à avoir un regard critique sur soi-même, juger de ses limites, comprendre ses réactions...
  4. L'intelligence interpersonnelle, grâce à laquelle on peut deviner les réactions de son entourage, évaluer les interactions, communiquer... fréquente chez les politiciens.
  5. L'intelligence visuo-spatiale, qui permet de manipuler des objets tri-dimensionnels dans sa tête. Elle est exploitée notamment par les architectes, géographes, artistes...
  6. L'intelligence naturaliste, qui permet de classer les objets, et de les différencier en catégories. Très sollicitée chez les zoologistes, botanistes, archéologues…
  7. L'intelligence musicale, qui juge la hauteur, la tonalité des sons, le rythme et la mélodie d'une musique. Exploitée surtout par les musiciens, compositeurs...
  8. L'intelligence kinesthésique, qui est responsable de tout ce qui a trait aux travaux gestuels... développée chez les sportifs, mimes, mais aussi ceux qui pratiquent un travail de minutie (chirurgiens, ...)
  9. Éventuellement l’intelligence existentialiste ou spirituelle et qui se définit par l’aptitude à se questionner sur le sens.

L’intelligence revêt donc des formes multiples selon le contexte et les objectifs de l’individu.

Etre connecté

Les deux illustrations suivantes introduisent les idées d'une intelligence connectée au monde extérieur, d' "intelligence élargie", et de désencombrement du cerveau individuel.

En intelligence artificielle, la façon classique de construire des robots était d’utiliser un processeur central très puissant. Désormais, c’est surtout leur capacité à sentir le monde qui les entoure qui est poussée en avant. Les robots peuvent réaliser des tâches complexes en employant une série de services ou fonctions simples et inter-reliés qui répondent directement aux stimuli du monde extérieur[3].

Préférez-vous un ordinateur avec une énorme mémoire mais sans accès Internet ou un ordinateur à la mémoire limitée mais constamment en ligne, où que vous alliez[4]? Si vous faites une recherche sur le mot « intelligence » sur votre PC sans le connecter vous aurez probablement tout au plus une dizaine de résultats… Sur le web, vous en aurez 387,000,000 et même plus encore au moment où vous lirez cet article. Vous bénéficiez de l’intelligence du monde.

Cette idée d’intelligence ou de cerveau élargi est utilisée depuis longtemps par l’homme qui cherche à désengorger son cerveau des opérations simples, récurrentes, ou logiques (c’est le principe du cockpit d’un avion ou d’une calculette). Elle nous permet aussi de comprendre pourquoi certaines innovations ou grandes idées révolutionnaires surgissent très souvent dans différentes têtes pratiquement au même moment[5]. En effet, dans ce cerveau élargi se retrouve l’ensemble de nos références culturelles, conceptuelles, sociales, techniques, artistiques, scientifiques; ces références sont accessibles aux mêmes chercheurs au même moment.

Quand nous agissons de manière intelligente et résolvons des problèmes de manière créative, nous ne nous appuyons pas uniquement sur les ressources internes de notre cerveau, mais nous avons continuellement recours aux ressources du cerveau étendu. Lorsque nous nous mettons en lien avec le monde qui nous entoure, nous amplifions considérablement notre intelligence, c’est-à-dire notre capacité à nous adapter et à réaliser nos objectifs. Etre « dans l’ici et le maintenant » nous permet d’accéder à la sagesse du monde et de nous désencombrer la tête.

Etre sur la même longueur d’onde

Ervin Laszlo, philosophe des sciences, hongrois et théoricien des systèmes deux fois nominé au Nobel, va plus loin sur cette idée de connexion à l'intelligence élargie, et avance que le cerveau est en fait simplement un mécanisme d’extraction et de lecture du milieu ultime d’entreposage, qu’il appelle « champ du point zéro »[6]. La présence de ce champ a été observée dans le monde atomique où les particules s’échangent de l’énergie mais une partie de cette énergie est également échangée avec un Champ, sorte de zone d’influence absolue et grand échangeur sous-jacent d’énergie.Par le biais du Champ zéro sous-jacent, chaque élément de l’univers peut instantanément être en contact avec tout autre élément. Ce Champ contiendrait toute l'information du monde, présente, future et passée.

Basé sur les théories de Laszlo, Lynne McTaggart nous explique dans son livre "le Champ" que notre capacité d’interaction avec le Champ / les informations du monde, pourrait expliquer l’intuition ou la créativité, ou encore l’apparition soudaine d’idées sous forme de révélations, parfois fragmentées mais le plus souvent miraculeusement intégrales. Nombre des plus grandes réalisations de l’humanité ne résultent peut-être que de l’accès soudain d’une personne (ou de plusieurs (presque) au même moment) à un cumul d’informations partagées provenant du Champ. Un génie est quelqu’un qui a plus de facilité que d’autres à accéder au Champ. Dans ce sens, notre intelligence, notre créativité et notre imagination ne sont pas prisonnières de notre cerveau, mais elles existent sous forme d’interaction dans le Champ.

Pour comprendre cette capacité d'interaction avec le Champ, Laszlo propose d'imaginer que le cerveau est un piano. Quand nous observons un objet, des zones du cerveau se mettent à vibrer à des fréquences particulières. Au moment où l’attention est activée, le cerveau appuie sur des touches, dont le marteau va frapper les cordes qui émettent sur une certaine longueur d’onde et à une fréquence donnée. Cette information est ensuite relevée par les circuits électrochimiques habituels du cerveau, de la même manière que les vibrations des cordes du piano viendraient résonner dans tout le piano.

En conclusion

Etre intelligent c’est donc, bien plus que de disposer d’un très gros processeur, être capable de sentir le monde qui nous entoure, faire du sens avec tout cela, et apporter une réponse adaptée en fonction de nos objectifs. Les ressources dont nous disposons sont beaucoup plus importantes à l’extérieur de notre processeur ou de notre mémoire locale, elles sont dans l’ « ici et maintenant », dans l’immensité du monde et de la nature, dans le Champ. On stimulera son intelligence par sa porosité au réel et sa curiosité : vouloir comprendre la réalité, vouloir comprendre l'autre avant de vouloir montrer que l'on a raison, questionner, ne pas se contenter d'une réponse évasive, aller au fond des réponses. Etre ouvert sur l’"ici et maintenant", en phase avec la réalité du monde. Avoir une capacité de sentir, synthétiser, interpréter, répondre.

Article de Gilles Carlier d'Odeigne, Consultant en Innovation et Management du site de Living Company.

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[1] Comporte certains extraits de Wikipedia
[2] Tiré de Wikipedia
[3] Richard Ogle, « smart world »
[4]Métaphore proposée par Michael Neill dans le post suivant : http://www.supercoach.com/2011/01/mnct-749-a-different-way-of-using-your...
[5] Il existe de nombreux exemples à ce propos, notamment Darwin et lfred Russel Wallace sur la théorie de l’évolution
[6] Relaté dans « le Champ » de Lynne McTaggart

Vendredi 1 mars 2013
Catégorie: Articles

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