Mémoire et vérité: des souvenirs ou des hallucinations ?

"Ce qui s’imprime dans notre mémoire, bien loin d’être gravé dans le marbre, semble objet de modelages, remodelages, constructions, reconstructions...D’où une interrogation: peut-on parler encore de vérité eu égard à nos souvenirs ou faut-il assumer d’évoquer une vérité individuelle, subjective, réappropriée, évolutive ?" est la question que pose le magazine SciencesPsy de septembre 2017.

 

Tout d’abord, SciencesPsy Magazine explique ce qu’est la mémoire, et son organisation. A cette fin, SciencesPsy prend le partie d’évoquer le modèle MNESIS - un acronyme pour "modèle néo-structurale inter-systémique de la mémoire humaine". Et derrière cette nébuleuse dénomination, se cache cette simple structure:

  • Mémoire perceptive ou sans-signification, qui récolte toutes les données brutes (tout ce que nous voyons, entendons, etc.)
  • Mémoire sémantique, le "faisceau sensation-information" récolté plus haut et qui peut prendre du sens
  • Mémoire épisodique, "certaines de ces données deviennent des souvenirs et atteignent le haut de la pyramide: la mémoire épisodique."

Alors que la mémoire sémantique se rapporte à des concepts généraux et des connaissances sur le monde, la mémoire épisodique concerne les souvenirs des événements vécus situés dans le temps et l’espace avec l’impression de les revivre.

Et maintenant, quid de la relation entre la mémoire et la vérité ? SciencesPsy Magazine fait sienne deux conceptions philosophique de la vérité.

  • La vérité correspondante. Et qui se définit comme "la vérité est l’adéquation de la pensé et des choses." Cette définition est proposé en XIII siècle par Saint-Augustin, et dispose que "la vérité repose sur la concordance, la correspondance entre la réalité d’un événement et ce qui en est pensé, ou exprimé" par l’individu.
  • La vérité cohérence. Théorie développée par Harold Henry Joachim, et qui dispose: "un énoncé peut être considéré comme vrai à partir du moment où il fait partie d’un système cohérent d’énoncés." Il n’y a, ici, plus de référence direct à la réalité. On s’en détache.

 

Pour Francis Eustache - directeur de l’unité de neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine à Caen - la mémoire peut être considérée comme la synthèse de ces deux conceptions. La mémoire est dynamique, et varie selon le temps. Aussi, "la vérité de chacun est, dans les faits, liée à son identité profonde, impossible de dissocier les deux." Et cette identité est malléable: "nous évoluons, mais le monde aussi nous fait évoluer." Le souvenir est donc destiné à être transformé, au cours du temps, de l’évolution de chacun.

Comment est encodé un souvenir ? Schématiquement, il existe trois grandes étapes:

  • Encodage, soit la mise en place de l’information dans le cerveau.
  • Stockage, processus de consolidation et où le souvenir entre la mémoire à long terme.
  • Rappel ou récupération, soit l’évocation du souvenir enregistré dans notre mémoire à long terme.

Un processus complexe. Et parfois, le souvenir subi des modifications, et que plus qu’à une logique de correspondance, il correspondra à une logique de cohérence. Et dès lors, nous assistons à un véritable remaniement de la vérité. La mémoire peut-être plus auteure de roman fictionnel, qu'une factuelle historienne.

 

Aussi, nos souvenirs peuvent avoir été fabriqué, et n’être pas le reflet de la réalité: "l’évocation répétée par l’entourage d’un événement de l’enfance, par exemple, peut donner lieu à la construction d’une vision mentale très claire et si bien intégrée dans la mémoire qu’il sera évoqué par une personne comme étant un souvenir personnel." Et le besoin de l’être humain à vouloir donner du sens aux événements - et que ceux-ci aillent dans le sens de son évolution propre, de son identité qui évolue au fil du temps - peut "pousser à interpréter excessivement une expérience jusqu’à l’éloigner radicalement de la réalité stricte." Enfin, "la mémoire ne saurait exister sans lien avec autrui." Et la mémoire individuelle peut évoluer en fonction de la mémoire collective.

La vérité, nos souvenirs: des illusions ? La vérité est sans doute qu’il existe plusieurs vérités, et qu’une bonne compréhension du mode de fonctionnement de leur construction et du fonctionnement de notre mémoire peut passer par la lecture de SciencesPsy et de son dossier relatif à la mémoire.

Données techniques: SciencesPsy, n°11, septembre/octobre/novembre 2017, "Les petites explorateurs en herbe vus par la science", rédacteur en chef Boris Cyrulnik. Article sur lequel est basé ce billet de blog "La mémoire, un passé présent et bien vivant, rencontre avec Francis Eustache."

Vendredi 6 octobre 2017
Catégorie: Articles

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