Pierre Rabhi, dans remède à la mélancolie

Lorsque nous recevons une triste nouvelle, quelque chose sur laquelle nous n’avons aucun contrôle, nous éprouvons une certaine douleur. Certes. Toutefois, « cette douleur, en l’accueillant et en essayant de la comprendre, change ensuite de nature. Ne pas en prendre compte, c’est l’accentuer, » dispose Pierre Rabhi, agriculteur, pionnier de l’agroécologie et écrivain français d’origine algérienne, au micro de France Inter. La violence, le rapport de l’être humain au temps, etc. sont d’autres thématiques qu’abordent ce fervent humaniste. 45 minutes avec Pierre Rabhi.
 
 
Et si nous recevions les évènements qui nous proviennent du monde, bons ou mauvais,  comme des « choses initiatiques » ?
 
« Tous ces évènements peuvent nous aider à nous régler, à nous accorder, comme un instrument de musique. » Ce qu'il faut: c'est les « accueillir » et les « décrypter ». « Ainsi, selon notre attitude, ce que nous apprenons permet de nous élever. » 
 
Une chose est certaine, « l'humanité ne peut faire machine arrière ». Avec une volonté et une conscience profonde, l’humanité peut même changer de direction et d’orientation. Comment ? « En prenant connaissance des antériorités qui sont suffisamment initiatiques pour nous aider à orienter le futur vers le positif. »
 
Pessimiste ? Rappelez-vous que ce sont des actes à «petites échelles » qui, cumulés, entraînent le changement des mentalités. Rappelez-vous la fable du colibri.
 
Un gigantesque incendie ravage une forêt. Tous ces habitants, tous les animaux, paniquent. Effrayés, ils courent à droite, à gauche devant ce fléau qu’ils ne peuvent combattre. Comment lutter contre un cataclysme d’une telle ampleur ?
 
Pourtant, seul un frêle colibri s'évertue à jeter, inlassablement, goutte d’eau après goutte d’eau sur ce feu. Étonné, dépassé par la folie qui semble animer ce petit oiseau, un tatou l’interpelle: 
 
« Tu ne penses tout de même pas éteindre cette fournaise avec tes gouttes d’eau ! 
Non, je le sais bien, » répond humblement le colibri, « mais moi, je fais ma part. »
 
Des guerres, des actes de barbaries, etc. Avant tout, « il faut déceler la violence là où elle se trouve Et lorsque nous le faisons, nous découvrons qu’elle réside en nous-même;  et que c’est là qu’il faut l’éradiquer. Le remède, c’est l’amour, » dispose Pierre Rabhi, avant de rajouter: « Bien sur, j’ai traversé des phases de découragement. Puis j’ai fait le bilan, sans édulcorer les faits, » car ils sont ce qu'ils sont. Et la conclusion est: « qu’il y a, d'un côté, le monde, et de l'autre, le monde que je peux construire. Et dans ce monde, dans mon monde, il n’y a pas toutes ces horreurs, comme la violence, les OGM, etc. Je tente d’être cohérent avec moi même. »
 
Quid de la question du temps. « L’organisation de notre vie est fondée sur la frénésie, le temps suractivé. » Ne pas perdre son temps, gagner du temps, une victoire sportive pour un dixième de seconde.
« Notre rapport au temps est pathologique. Mon refuge, ma tranquillité, c’est mon jardin, où, pour les plantes, il y a la cadence du cycle des saisons. D’ailleurs on retrouve cette cadence chez nous. Nous sommes des entités biologiquement cadencées. Notre cœur, notre système digestif sont cadencés. Et les problèmes d’aujourd’hui, le stress, le mal-être, vient du fait que nous outrepassons la cadence juste pour aller vers cette cadence artificielle du temps-argent, du temps qu’il ne faut pas perdre. Le stress et le mal-être du à ce temps suractivé, à cette frénésie. Et la question est: « Pouvons-nous l’éradiquer ? » 
 
 
 

Lundi 1 décembre 2014
Catégorie: Articles

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