Rationalité limitée et seuil de satisfaction

Comment définissons-nous habituellement un but, ou un objectif ? Comme un état désiré, souhaité, dans un futur plus ou moins proche. Et plus l’objectif est précis, plus le résultat est binaire: soit il est atteint, soit il ne l’est pas. Si l'objectif est plus vague, alors, pour être atteint, il peut ne pas être strictement égal au résultat. L’imprécision quant à la définition d’un objectif permet de dégager "plus d’espace pour réussir." 

 

Un objectif comme un ensemble de contraintes. Et comme l’explique Philippe Silberzahn, dans un billet de blog: émerge alors "une nouvelle façon de définir un but, qui a été proposée par le chercheur Herbert Simon, et qui est la suivante: un but est un ensemble de contraintes. Dire « Je veux travailler dans l’aviation plus tard » c’est, de façon imagée, tracer un cercle dans l’espace des possibles en disant: je ne sais pas exactement ce que je ferai plus tard, mais il faudra que ce soit dans l’aviation. Cela revient à éliminer quantité de possibilités. On se définit par ce qu’on ne veut pas. C’est un pré-engagement, c’est à dire une contrainte qu’on se fixe volontairement pour faciliter la construction de son futur. La notion de pré-engagement est fondamentale et elle n’est pas nouvelle. C’est celle que s’applique par exemple le système de justice occidental lorsqu’il dit « C’est à l’accusation de prouver que l’accusé est coupable. »

Et de rajouter: "Dès lors et très concrètement, un but très précis n’est rien d’autre qu’une série de contraintes. La différence entre « Je veux travailler dans la restauration » et « Je veux lancer une activité de livraison de plats cuisinés bio mexicains low cost en moins de trente minutes dans la région ouest de Lyon » c’est simplement que le second but, beaucoup plus précis, est défini par un plus grand nombre de contraintes. De manière importante, ces contraintes sont toutes obligatoires. Elles doivent toutes être respectées. Si je réussis à lancer un tel service, mais que je n’arrive pas à livrer en moins de trente minutes, je n’aurai pas atteint mon but."

Sociologue, économiste et psychologue, Herbert Simon est le créateur du mot-valise satisficing et du concept de rationalité limitée.

  • La rationalité limitée expose, comme postulat, que les gens ont un comportement rationnel. Toutefois, cette rationalité est limitée en termes de capacité cognitive, et d'information disponible. La conséquence est que les gens, généralement, vont s'arrêter sur le premier choix qu'ils jugeront satisfaisant.
  • Satisficing est une combinaison de deux mots: satisfying (satisfaisant) et sufficing (suffisant), et que l'on pourrait ainsi traduire par suffisfaisant ou satisfisant. Pour Herbert Simon, les gens sont prêts à accepter une solution "suffisamment bonne" plutôt "qu'optimal" si l'apprentissage de toutes les alternatives devait leur coûter du temps et des efforts.

Et comme l’explique Mathieu Ferrière dans son ouvrage "Les principales critiques de la théorie du choix rationnel": "Les agents n’ont ni les capacités cognitives, ni les informations, ni même un temps suffisant pour prendre la décision optimale. Ils doivent dès lors adopter une procédure de prise de décision tenant compte de toutes ces limitations : c’est la fameuse théorie du satisficing, un néologisme forgé par Simon pour signifier le caractère satisfaisant, mais approximatif, tant du processus de décision que de son résultat. Les agents se fixent un niveau de satisfaction à atteindre, et retiennent la première solution égalisant ou dépassant ce seuil de satisfaction."

Sources: 

Lundi 11 février 2019
Catégorie: Articles

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