Le déclin de la violence, par Steven Pinker: cultivons la part d'ange en nous

Tout comme ce n’est pas parce que vous n’aimez pas quelque chose que cela ne vous aide pas ; ce n’est pas parce que c’est contre-intuitif que c’est nécessairement faux. La violence sous toutes ses formes, individuelles et collectives, n’a cessé de diminuer dans le Monde et au cours des millénaires ; c’est la thèse que défend, données à l'appui, Steven Pinker, professeur de psychologie à Harvard et auteur du livre "La part d’ange en nous: Histoire de la violence et de son déclin." Une théorie qui va à l’encontre des idées reçues, et des nouvelles catastrophiques qui nous parviennent quotidiennement via les médias (presse, web, radio). Pourtant, Steven Pinker l'affirme: "nos ancêtres étaient beaucoup plus violents que nous le sommes, la violence est en baisse depuis très longtemps et nous vivons durant ce qui est probablement la période la plus paisible de l'existence de notre espèce (...) et je vais vous le prouver."

Steven Pinker s’est consacré pendant 30 ans à l’étude de la violence, et son verdict, aussi étonnant que cela puisse nous paraître, est que la violence est en déclin. Un résultat contre-intuitif, qui va à l'encontre de la croyance populaire et qui suscite le scepticisme: les actes de terrorisme (à Paris, Nice, Bruxelles, etc.), le conflit du Darfour, etc. Comment estimez-vous la violence au cours des siècles ? Un sondage rapide, et la réponse de la majorité des sondés à cette question est: il y avait moins de violence avant, et plus on avance, pire c’est. Dès lors, pourquoi tant de gens se trompent au sujet de quelque chose de si important ?

 

Plus il nous est facile de nous remémorer certains événements, plus nous jugeons probable qu'ils surviennent - l’esprit humain n'est pas très bon à juger des probabilités, comme l’ont démontré les psychologues Amos Tversky et Daniel Kahneman. Et à Steven Pinker de nous éclairer: "nos facultés cognitives nous prédisposent à croire que nous vivons une époque violente, particulièrement quand elles y sont exhortées par des médias dont le mot d’ordre est “plus ça saigne, plus c’est porteur”. L’esprit humain a tendance à juger de la probabilité d’un événement en fonction de la facilité avec laquelle il se remémore des exemples, or il est bien plus probable que des scènes de massacre soient diffusées sur nos écrans et gravées dans nos mémoires que des séquences montrant des personnes mourant de vieillesse. Le pourcentage de morts violentes aura beau être très bas, en chiffres absolus, il y en aura toujours suffisamment pour remplir les journées télévisés du soir, de sorte que l’impression de violence qu’auront les gens sera sans commune mesure avec les proportions véritables." Aussi, rajoute Steven: "notre psychologie morale est un autre facteur qui déforme notre perception du danger (...) Parallèlement à la diminution des comportements violents s’est opérée une baisse des attitudes tolérant ou glorifiant la violence, et souvent, ce sont les comportements qui jouent un rôle précurseur." Comme l'explique Steven Pinker, il y a une "élévation de nos critères d’appréciation" de la violence. Entre hier et aujourd’hui, notre "seuil de tolérance" a changé: on ne brûle plus de "sorcières", on ne joue pas à ce jeu du moyen-âge qui consistait à brûler un chat (l'animal étant hissé sur une estrade puis descendu par un harnais dans un feu - le chat brûlé vif, hurlant de douleur, ce qui provoquait l’hilarité des spectateurs), etc.

Plus proche de nous, c’est aussi une manifestation du mythe de l'âge d'or, du "c’était mieux avant", et que cette belle citation explique poétiquement: "Le passé est un pays étranger: les choses s’y passent différemment," L.P. Hartley. Notre mémoire est parfois une "Historienne révisionniste qui réinterprète le passé à l’aune de nos intérêts présents", comme le déclarent les psychologues Carol Tavris et Elliot Aronson (lire notre article "Autojustification et dissonance cognitive: pourquoi ai-je toujours raison ?" )

 

"La part d’ange en nous", de Steven Pinker, est une rigoureuse analyse multidisciplinaire et dont le thème est la violence - et à la croisée de la philosophie, de la linguistique, de l’histoire, de la sociologie et de la psychologie. 30 ans de travail, de compilations de données, de recherches et des faits incontestables. Le talent de Steven Pinker, c’est son côté pédagogue: lui qui explique, et réexplique ses théories, ses concepts, en les amendant de nouvelles données - et une à la fois. Le talent de Steven Pinker, c’est aussi l’écriture: un style teinté d’humour, léger, compréhensible, et rempli d’exemples. Une lecture qui, certes, demande du temps - 1000 pages - mais d’une extrême utilité. "Nous sommes ici en présence d’un livre majeur que devraient lire tous les journalistes, tous les politiciens et toute personne qui s'intéresse à l’évolution de nos sociétés," explique Matthieu Ricard, auteur de la préface du livre de Steven Pinker, avant de renchérir: "Nous devons éviter de sombrer dans le syndrome du mauvais monde, de succomber aux affres de la sinistrose et de nous réfugier dans un sentiment d’impuissance chronique. Le monde va mieux, cela ne fait aucun doute. Cela n’empêche pas qu’il reste beaucoup à faire" - tant sur le plan individuel, que collectif. En outre, aller à la rencontre des gens - leur parler, les écouter activement, les comprendre, échanger - et s’ouvrir au monde est plus que jamais nécessaire: "Plus les gens dépendent les uns des autres, moins ils ont avantage à se nuire," expose Matthieu Ricard.

"La part d’ange en nous", de Steven Pinker, est un livre vivant: sur son site web Steven tient à jour ses données afin d’étayer encore plus sa thèse du déclin de la violence. Lire "La part d’ange en nous", de Steven Pinker, c’est renouer un peu avec notre amour pour l’Humanité. Une lecture intellectuellement enrichissante, drôle et qui mélange pléthore de points de vue de spécialistes - allant tant dans le sens du déclin de la violence que de son augmentation - et auxquels Steven Pinker s’attache à répondre. Avec des faits. Scientifiquement. Et patiemment. "Quelles qu'en soient les causes, le déclin de la violence a de profondes conséquences. Cela devrait nous forcer à nous demander non seulement "Pourquoi la guerre ?" mais aussi "Pourquoi la paix ?". Pas seulement "Que faisons-nous mal ?", mais aussi "Que faisons-nous bien ?" Car nous faisons quelque chose de bien, et ça serait, bien, de découvrir ce que c'est" - Steven Pinker

Quelle chimère est‑ce donc que l’homme, quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige, juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, cloaque d’incertitude et d’erreur, gloire et rebut de l’univers !, Blaise Pascal

Dans cette conférence TED, vous pourrez approcher le sujet du déclin de la violence, de la préhistoire à nos jours, par Steven Pinker. Durée: 20 minutes

Données techniques: "La part d’ange en nous: Histoire de la violence et de son déclin", Steven Pinker, éditeur: Les arènes, octobre 2017, 1041 pages

Pour aller plus loin:

Dimanche 22 octobre 2017
Catégorie: Articles

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